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Innovation, Sobriété & Compétitivité

L’INNOVATION EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET SOCIETAL : COMMENT CONCILIER SOBRIÉTÉ ET COMPÉTITIVITÉ ?

Le Jour du dépassement de la Terre (en anglais : Earth Overshoot Day) s’établit en 2017 le 12 août – depuis, l’humanité  « vit à crédit », (pour la France il s’établit déjà au 3 mai) débitrice de la planète sur les 4 mois et demi restant dans l’année. Comment l’humanité peut-elle boucler ses fins de mois sans « piocher » dans ses économies, qu’elle sait limitées ?

On peut analyser et critiquer la composition de cet indicateur, on peut discuter des déséquilibres considérables existant entre les  différentes régions géographiques dans leur contribution à l’exploitation des ressources. On peut aussi regretter le caractère simpliste et « marketing » de cet indicateur. Cependant, l’essentiel de la problématique de la transition écologique ne se trouve-t-elle pas résumée là, dans cette simple notion de surconsommation ? Et face à la surconsommation structurelle, quelle solution durable et robuste, si ce n’est celle de la tempérance, de l’économie, partant de la « chasse au gaspi » pour aller vers un changement plus radical des modes de consommation et des structures de l’organisation sociale ?

Le sujet de la mission FNEP 2017 ouvre un grand nombre de champs d’étude abondamment explorés et documentés, par des experts appartenant à tous les domaines de l’économie, de l’écologie, de l’industrie ou des politiques publiques. Oui, évidemment, l’innovation peut et doit alimenter le développement durable et sociétal. Elle répond à un contexte historique, et en ce début de XXIe siècle, l’innovation doit se développer dans le respect de la planète et de l’humanité, dans le progrès vers une plus grande durabilité.

Introduisant une table ronde organisée par le Club Pangloss des lauréats de la FNEP venue alimenter nos travaux, portant sur l’agriculture, le Professeur Gilles Boeuf pose ainsi quatre conditions à l’innovation : qu’elle respecte la biodiversité et les équilibres écologiques, qu’elle soit parcimonieuse en énergie, qu’elle ne génère pas de déchets toxiques, qu’elle crée de l’emploi. Cette proposition peut certainement se généraliser : l’innovation doit s’inscrire dans une trajectoire de durabilité, elle ne doit pas générer d’externalités négatives, et doit contribuer au développement de sociétés humaines désirables.

Nous rechercherons dans les grands champs de l’innovation, ceux qui répondent à ces critères de contribution au développement durable et sociétal. Nous en identifierons dans des champs d’application variés, allant de l’industrie à l’agriculture, en passant par la mobilité ou la santé, et appuyés pour la plupart par l’innovation dans le domaine énergétique.

Le sujet de la sobriété est plus spécifique, et fait l’objet d’une littérature moins abondante, s’inscrivant volontiers dans des tendances idéologiques clivantes, faisant fi des réalités économiques et de la nécessité d’identifier pour les acteurs politiques, économiques et privés, à l’échelle de la collectivité et à celle de l’individu, des trajectoires de changement réalistes et acceptables.

Au cours de nos travaux, cette notion de sobriété est celle qui a suscité à la fois le plus d’interrogation, et face à certains de nos interlocuteurs, le plus de surprise, parfois de déni, parfois d’indifférence. La sobriété en appelle à un champ sémantique et culturel contraire aux modes de vie dominants des sociétés occidentales contemporaines, et par là même, par la force d’attraction qu’exerce le modèle occidental pour les sociétés en développement, contraire aux aspirations majoritaires des populations accédant au développement.

Le champ sémantique de la sobriété est celui de l’austérité, de l’abstinence, de la décroissance. Il pourrait être celui de la raison, de l’équilibre, de la stabilité.

Au moment où l’on parle d’ubérisation de l’économie, le temps n’est-il pas plutôt à « sobériser » l’économie et la société ?